Pôle Isère – Article de Michel CEZON

Devenir entrepreneur est une décision engageante qui va provoquer de profonds bouleversements et des remises en questions. Etre entrepreneur nous permet de vivre une aventure exaltante mais nous confronte souvent à des périodes de doutes et de questionnements. Avant de prendre la décision de se lancer, il faut peser le pourquoi et réfléchir au comment.
Pourquoi ?
Pourquoi créer mon entreprise ? Pourquoi me mettre à mon compte ? Ces questions anodines sont faciles à poser mais il ne nous est pas toujours aussi facile d’y répondre. Petit florilège de réponses classiques :
– Parce que j’ai une super idée
– Pour être mon propre patron
– Pour avoir du temps pour moi
– Pour faire ce que je veux
– Pour devenir riche
– Pour manger gratuitement au restaurant
– Pour me lever à l’heure que je veux…
Plein de bonnes raisons mais également de moins bonnes … Quelle que soit la réponse que l’on apporte, elle ne doit pas venir de la tête mais d’une zone située près du nombril et qui peut être rattachée aux tripes ou au coeur. Sans une connaissance intime de ces raisons, l’aventure risque de nous emmener là où nous ne souhaitions pas aller. Pour retrouver ces raisons profondes, le processus que je propose en coaching repose sur une suite de thèmes de discussion que j’aborde plus ou moins séquentiellement.
La brillance de l’idée revient souvent comme raison dans les startups technologiques jusqu’à aveugler le porteur de projet. Car, au-delà de l’idée, la capacité à porter le projet est primordiale. Je suis convaincu que la qualité de l’équipe prime sur la qualité de l’idée. Mon expérience me démontre que la qualité de l’implémentation fait la différence entre le succès et l’échec.
En premier lieu, il est nécessaire de partir de nos valeurs, encore faut-il les avoir identifiées. Sans une réflexion préalable sur les valeurs importantes dans notre vie, nous pouvons nous retrouver en conflit avec des décisions qui influenceront la stratégie et le devenir de l’entreprise.
Ensuite, la réflexion doit porter sur ce que nous souhaitons faire de notre vie et de notre entreprise. Nos aspirations permettront de fixer des objectifs en accord avec le cadre de nos valeurs.
Ensuite vient l’envie, le désir… toutes ces choses qui nous font bouger et qui donnent naissance à l’intention. Les motivations peuvent être liées au devoir (se sentir obligé de faire), au pouvoir (avoir les capacités ou les moyens de faire) ou au vouloir (le désir de faire). Mais si nous agissons par devoir, vivons-nous vraiment notre vie ? De même, saisir une opportunité peut s’avérer regrettable sur le long terme.
La motivation est le levier qui nous permet de soulever des montagnes voir de créer notre entreprise. Découvrir les raisons profondes de cette décision entrepreneuriale est capital pour avancer sans (trop) se retourner une fois la décision prise.
La prise de risque doit également être évoquée. A quoi je m’engage ? Jusqu’où je suis prêt à aller pour ma société ? Si nous pensons très souvent aux bénéfices, nous devons également envisager les pertes, savoir les limiter et les accepter. Histoire de ne pas payer pendant longtemps un moment d’égarement…

L’échec ! Et si je me plante ? Certains préfèreront éviter le thème pour ne pas se porter malheur. Mais ils vivront avec un petit vélo dans la tête qui les empêchera de se consacrer pleinement à leur entreprise. Réfléchir à son plan B est la meilleure façon d’évacuer le problème.
Sommes-nous fait(e) pour notre business ? C’est une question rarement abordée et qui pourtant peut nous embarquer dans une aventure où nous ne nous sentons pas à notre place ou même à l’aise. Il n’y a pas de produit miracle, il n’y a pas d’équipe idéale, il y a juste des équipes adaptées à leur projet. Nous pouvons utiliser l’outil d’auto-évaluation SecureYourGrowth1 pour aborder cette dimension.
Enfin la décision doit être abordée sur le principe et sur les modalités. Nous mettrons par écrit les réflexions qui ont conduit à cette décision afin de se souvenir pourquoi nous avons dit oui ou non. Ne rien oublier pour ne rien regretter. Les modalités listeront rapidement les conditions, le planning, les moyens, les contraintes, la stratégie… histoire d’avoir une petite idée de ce qui nous attend. Et puis, il faut y aller !
Comment ?
Savoir que nous avons décidés d’y aller ne veut pas dire que nous savons comment y aller. Cette phase va s’attacher à détailler les modalités en commençant par définir la stratégie d’implémentation. Nous pouvons nous appuyer sur des approches comme l’Effectuation2 ou le Leanstartup3 ainsi que des outils comme le Business Model Canvas4 ou Viadesigner5.
Le point qui conditionne tout notre business est notre proposition de valeur : qu’est-ce que nous apportons à nos clients ? Il est impératif de vérifier que notre idée a des chances de trouver un marché avant de nous lancer dans des investissements en temps, argent et énergie. Notre offre de service ou de produit doit répondre à des problèmes et besoins ou des envies de clients en nombre suffisant. Le marché ciblé doit permettre une rentabilité à travers un ou des modèles de business pertinents et réalistes. Chaque business model décrit la proposition de valeur, les clients ciblés, les accès au marché, les revenus, les moyens pour générer l’offre et les coûts associés.
Dans la partie marché, les modalités couvrent le marketing, la communication, la stratégie commerciale, la concurrence… Dans la partie production, les modalités recensent les activités, les ressources (logistiques, techniques, financières, humaines), la propriété intellectuelle, les partenaires de la chaîne de valeur… Nous construisons la roadmap de l’entreprise en fonction des objectifs, de la stratégie et des moyens.
L’équipe revient sur le devant de la scène quand nous parlons de leadership, d’engagement, d’organisation, de rôles et responsabilités, de collaboration, d’exécution. La qualité de ce travail collectif conditionne le quotidien et l’épanouissement individuel dans une réussite partagée.
L’accompagnement
Les sirènes de l’entrepreneuriat attirent mais beaucoup de créateurs finissent à l’eau, notamment les jeunes sans première expérience. Etre accompagné(e) dans cette démarche augmente les chances de succès et apporte une part de sérénité à l’entrepreneur.
Les porteurs de projets entrepreneuriaux bénéficient de beaucoup de conseils techniques et de suivi mais manquent d’accompagnement sur les aspects personnels liés à la création. A notre sens, l’état d’esprit prime sur le produit et le marché pour mener à la réussite.
1 http://www.secureyourgrowth.com
2 http://www.effectuation.org
3 http://theleanstartup.com/
4 http://www.businessmodelgeneration.com/
5 https://www.via-designer.com/

Pour traverser l’atlantique en avion bi-moteur, le sigle aéronautique ETOPS6 indique les conditions nécessaires au vol. Il pourrait être détourné en « Engine Turning Or Passenger Swimming ». Clairement, on a beau avoir un super avion, il faut avoir un équipage qualifié, des plans de vol, du kérosène et toute une logistique. Sans tous ces moyens, les passagers finiront à la mer. Le conseil sur la stratégie, le business model et le business plan, le marketing et le commerce, la propriété intellectuelle… apporte des aides utiles pour accélérer la courbe d’apprentissage et éviter les erreurs d’inexpérience. La recherche de subventions et de fonds (love money, crowdfunding, business angels, investisseurs…) est également cruciale pour aider au financement du développement de l’entreprise. Mais nous oublions souvent l’état d’esprit ou la motivation réelle du pilote qui peut rendre caduque tous les efforts ou empêcher de progresser dans la démarche entrepreneuriale.
Notre expérience montre que nombre de discussions avec des créateurs démarrent sur les aspects techniques et finissent sur les problématiques personnelles. Une personne qui n’a pas résolu des conflits internes, conflits qu’elle a identifiés consciemment ou pas, aura beaucoup de mal à avancer sur son projet peu importe la qualité de son idée, de l’accompagnement technique ou des fonds disponibles.
Au-delà des conseils techniques et des formations, prendre de la hauteur permet de réfléchir sereinement au sens que nous souhaitons donner à notre vie professionnelle ainsi qu’aux choix et décisions qui en découleront. La solitude du dirigeant est parfois pesante, les interrogations non traitées freinent le passage à l’action et la productivité.
Par une écoute bienveillante et un questionnement sans jugement, une séance menée par un coach-entrepreneur permet de creuser ses motivations et ses aspirations pour progresser dans son cheminement professionnel. Pour le coach, être passé par l’entrepreneuriat plusieurs fois permet de comprendre l’état d’esprit et apporte un questionnement plus précis et plus pertinent.
L’entrepreneuriat est toujours une aventure fabuleuse et apporte une expérience inestimable. L’homme est au coeur du processus et demeure le facteur clé de succès. L’accompagnement nous apporte confiance, sérénité, efficacité et un certain épanouissement entrepreneurial.
Michel Cezon,
Membre ICF France

Michel Cezon est coach certifié en entrepreneuriat. Cumulant 30 années d’expérience dans l’industrie, les PME et la recherche, il a créé une société à Singapour, une en France, a repris une spin-off aux USA et dirige Cogiteo une société dédiée à l’accompagnement des managers et dirigeants de startups et PME grâce au coaching et à la formation. Il enseigne en incubateurs, dans l’industrie, à l’université et intervient comme médiateur dans les conflits intra et inter-entreprises. Il est membre d’un réseau de Business Angels.

Dirigeant de www.cogiteo.net

Créateur du www.startupfoundercanvas.com

Twitter : @mcezon

Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=VFjx6p4Op24

Blog entrepreneuriat : http://www.michelcezon.fr