NOS CONSEILS – De nombreux quinquagénaires, pourtant volontaires, ne parviennent plus
à progresser dans l’entreprise et sont guettés par l’immobilisme. Pourtant, cette décennie peut
aussi être celle de l’accélération de carrière. À quelques conditions.
Par Charlotte de Saintignon
Trop installés, moins mobiles, largués face à l’IA, rétifs aux changements, passifs pour se former… Dans
l’entreprise, les quinquagénaires peuvent souffrir des clichés qui leur collent à la peau. Certains voient même avec impuissance des quadras, voire des trentenaires, leur passer devant lorsqu’un poste s’ouvre à l’échelon supérieur.
Pourtant, à l’heure où l’âge de départ à la retraite a été repoussé, nombre d’entre eux ont encore de longues années à investir dans leur travail. Comment faire alors, pour continuer à grimper les échelons ?
À 53 ans, Manuel Marielle vient tout juste d’être nommé directeur général de Renault Trucks France. Entré dans le groupe Volvo comme directeur financier d’une petite filiale, il a, au fil des années, accepté des responsabilités plus larges, mais aussi des changements de pays, de culture et de métier. Pour lui, c’est la répétition d’expériences réussies dans des environnements différents qui a fait la différence. Aujourd’hui nommé à un poste plus commercial, il ne prétend pas maîtriser d’emblée tous les codes du métier et prévoit de se former, avec du coaching à l’appui. « Un senior a intérêt à dire qu’il est prêt à sortir de son champ habituel et à accueillir du changement » , prévient Frédéric Béziers-Rose, président du cabinet de recrutement Hays France, Luxembourg & Maroc. Mieux vaut ne pas se limiter à son domaine d’expertise. Vouloir changer de périmètre est un bon signe envoyé à l’employeur sur sa capacité d’adaptation.
Ne pas attendre d’être sollicité
Concrètement, les experts conseillent de ne pas attendre d’être sollicité pour un poste. C’est un point clé pour les quinquagénaires : à ce stade de leur carrière, la promotion ne vient pas toujours récompenser le seul mérite. Elle va aussi à ceux qui rendent lisible leur ambition auprès du recruteur, du manager et des RH. «Cette envie d’évoluer se lit dans les conversations, dans l’énergie investie, dans la volonté d’aller vers les autres, de se former et de sortir de son confort », confirme Frédéric Béziers-Rose. Manuel Marielle explique avoir exprimé de manière proactive son souhait d’évoluer vers un autre domaine, au moment où il savait que des opportunités allaient s’ouvrir.
À partir d’un certain âge, le vrai risque est la passivité. Frédéric Béziers-Rose le rappelle : « Il ne faut pas se laisser scléroser par sa position ou son ancienneté » . Pour ne pas s’installer dans l’immobilisme, il faut aller chercher des opportunités, provoquer des échanges, demander à être exposé à d’autres sujets et se remettre volontairement en mouvement. Cela passe aussi par le réseau et par une visibilité accrue, y compris sur les réseaux sociaux, pour montrer que l’on reste curieux et ouvert aux transformations de son métier.
Sophie Maillard, 52 ans, revenue en France après quinze ans en Suède, a rejoint Aerix Systems sans envoyer de CV, mais en allant au contact des bons écosystèmes. Pour elle, la chance «va se chercher» : encore faut-il avoir préparé son projet, défini le type d’environnement dans lequel on veut évoluer et affiner son pitch pour le rendre percutant et direct. Elle invite aussi à regarder froidement les tendances de marché : mieux vaut aller chercher une compétence business dans un secteur porteur que s’acharner sur un univers en repli.
Monter en compétences, une stratégie de carrière
Évidemment, de bonnes capacités managériales aident à progresser au sein de l’entreprise. «Avec l’âge, ce qui devient différenciant n’est plus seulement l’expertise métier, mais la capacité à embarquer, arbitrer et décider » , commente Manuel Marielle. Mais cela ne suffit pas. «Quand on sait que l’on a les soft skills qu’il faut, c’est surtout une force de travail qu’il faut mobiliser pour apprendre de nouvelles choses » , ajoute Sophie Maillard. Stéphanie, 55 ans, a financé elle-même sa montée en compétences, avec des formations en IA à Polytechnique et en stratégie à HEC. « Ces références reconnues m’ont permis de ne plus avoir à me justifier. Ma légitimité était plus immédiate. » Pour Frédéric Béziers-Rose, c’est d’ailleurs l’un des vrais marqueurs de potentiel après 50 ans : continuer à se former, sans attendre que l’entreprise en prenne seule l’initiative. À cet âge, la montée en compétences devient moins un droit qu’une stratégie de carrière.
Continuer à progresser après 50 ans suppose souvent de ne pas se cramponner à son entreprise.
La progression ne se joue pas toujours en interne. Le parcours de Nathalie montre qu’un départ peut parfois ouvrir plus de perspectives qu’une longue fidélité à sa société. C’est en changeant de structure, à 50 ans, qu’elle a finalement accédé au poste de direction qu’elle visait au sein du laboratoire de recherche où elle travaillait. « Elle s’est rendu compte après 20 ans d’ancienneté que son N+1 captait toute la lumière » , explique Anne Malgouyat, coach certifiée ICF PCC qui l’a accompagnée dans son changement de poste. Le parcours de Stéphanie va dans le même sens. Le grossiste informatique qui l’emploie lui a confié un budget dix fois supérieur à celui qu’elle pilotait auparavant. Pour elle, les seniors doivent reprendre la main sur leur trajectoire et adopter une posture d’entrepreneur, en gérant leur carrière comme leur propre entreprise. Elle conseille ainsi de la piloter de façon autonome, avec une vraie stratégie : « se donner une vision, investir sur soi et entretenir sa forme professionnelle comme on entretient sa forme physique » . En clair : se prendre en main et ne pas attendre que l’entreprise décide seule de la suite. « Les seniors ont souvent tendance à entretenir avec l’entreprise un rapport de “père nourricier” ou de “mère nourricière” » , constate-t-elle.
Dernier point : une progression n’a de sens que si elle correspond aussi à un projet de vie. Un bon recruteur doit s’assurer que le poste proposé est cohérent avec le projet personnel et familial du candidat. Anne Malgouyat le résume ainsi : « Les seniors ont encore beaucoup à donner, mais plus à n’importe quel prix : ils veulent se sentir épanouis et respectés, avec des missions qui les nourrissent et qui correspondent à leurs valeurs » . À 50 ans, grimper les échelons ne consiste plus seulement à monter. Il s’agit de monter au bon endroit, pour les bonnes raisons.