“Quand tout le monde se dit coach, le cadre devient indispensable”

La pratique du coaching s’est fortement développée en France au cours des dix dernières années, portée par les entreprises comme par le grand public. Cette croissance rapide a contribué à brouiller les frontières entre accompagnement professionnel et discours d’influence. Anne de Solages, présidente d’ICF France, analyse les enjeux liés à l’encadrement d’un métier dont l’impact humain appelle davantage de règles et de lisibilité.

Une contribution d’Anne de Solages, présidente d’ICF France

Le mot « coach » est omniprésent. En une dizaine d’années, le secteur s’est fortement développé en France. Selon les données de l’OPIIEC, près de 33 000 personnes ont été formées au coaching, dont environ 15 000 exercent actuellement, pour un marché estimé à 750 millions d’euros.

Cette dynamique traduit un besoin réel d’accompagnement, en particulier dans les entreprises : près de 62 % d’entre elles ont aujourd’hui recours au coaching, contre environ 45 % il y a cinq ans. Mais cette croissance rapide s’est opérée dans un cadre encore insuffisamment structuré, contribuant à brouiller les repères et à entretenir une certaine confusion autour du métier.

Cette confusion est particulièrement visible sur les réseaux sociaux. Sous l’appellation de coach coexistent aujourd’hui des pratiques très éloignées du coaching professionnel : coaching en séduction, promesses de perte de poids rapide, méthodes pour « réussir » financièrement ou s’enrichir grâce aux cryptomonnaies. Ces discours, largement diffusés, reposent sur des messages prescriptifs, des injonctions à la performance et des promesses de résultats rapides.

À l’inverse, le coaching professionnel repose sur une posture clairement définie. Il ne s’appuie ni sur le conseil ni sur la prescription, et ne promet aucune solution miracle. Un coach n’exploite pas les fragilités de la personne accompagnée ; il crée un cadre de travail sécurisé permettant de clarifier une situation et de faire émerger ses propres réponses. Le coaching repose sur l’écoute, le questionnement et la responsabilité du client.

Cette distinction est d’autant plus importante que certaines personnes consultent dans des périodes de fragilité personnelle ou psychique. Le coaching n’est pas une thérapie et ne s’y substitue jamais. Un coach n’est ni psychologue ni psychiatre. Il a la responsabilité de connaître ses limites et d’orienter vers un professionnel de santé lorsque la situation l’exige. Toute promesse de guérison ou de transformation profonde constitue une sortie immédiate du cadre du coaching.

Depuis trente ans, les fédérations professionnelles œuvrent à encadrer la profession : certification indépendante, supervision, code de déontologie, dispositifs disciplinaires. Ce socle est indispensable, mais il demeure insuffisant face à l’ampleur du phénomène et à la facilité avec laquelle chacun peut aujourd’hui se revendiquer coach.

Les pouvoirs publics ont amorcé une prise de conscience. Après avoir largement ouvert le financement des formations au coaching via le CPF, l’État a opéré un resserrement marqué. Le nombre de certifications actives est passé de 29 en 2019 à 7 aujourd’hui, et les parcours financés ont été quasiment divisés par deux. Ce mouvement est légitime, mais il ne saurait suffire à structurer durablement la profession. Car le métier de coach professionnel bénéficie déjà d’un cadre reconnu : depuis 2016, la Commission nationale de la certification professionnelle (CNCP) a officiellement validé ce titre. Il est aujourd’hui bien référencé au RNCP, à travers des diplômes de niveau I ou II, selon les programmes proposés par les écoles de formation.

Encadrer le coaching ne signifie pas brider une pratique utile. Cela signifie la rendre plus lisible, plus exigeante et plus protectrice, pour les personnes accompagnées comme pour les professionnels qui exercent sérieusement. Le débat actuel n’est pas une remise en cause du coaching, mais un appel à aller plus loin dans sa structuration, afin de redonner au mot « coach » une image claire et exigeante.