La métamorphose du Royaume

Il était une fois un royaume prospère et vaste, ouvert au monde, un royaume dont le prince était habile et juste, épris de rêves, mais un prince qui se sentait bien seul et bien «nu» quant au chemin à tracer pour formuler un destin et assurer cette abondance.

Il voulut trouver un mage savant qui lui dicterait un présage mais le dernier druide était en retraite de silence. Il demanda à consulter d’autres princes des royaumes voisins qui étaient trop occupés à guerroyer ou suivre leurs propres plaisirs pour l’aider. Il alla voir finalement son fou qui lui dit son impuissance mais voulut bien lui présenter un étranger fraîchement venu du soleil levant.

La rencontre étonna le Prince car l’étranger n’avait aucune potion et ne fit aucun numéro de spectacle, mais il s’intéressa à lui et à l’ensemble de son royaume sans aucune complaisance. Avec bienveillance, il contenait le Prince par sa présence et savait lui poser des questions inattendues sur les liens entre sa santé et la beauté de la terre, entre le désir de ses écuyers et la santé des chevaux, l’authenticité des rites et le rendement des moissons. Il lui permettait de faire émerger une nouvelle façon de voir le monde en relief.

L’étranger revit le prince avec ses ministres en exercice et leur permit de contacter combien ils représentaient un corps solide et précieux, un socle pour inspirer les autres cercles du royaume et formuler un destin commun. Le défi partagé fut d’impulser un mouvement collectif que chacun épouserait. Cette question d’un accord fondamental était nouvelle pour le prince, comme l’idée d’ailleurs de penser une croissance organique à partir de chaque groupe de sujets, guerrier, commerçant, artisan, agriculteur…

Les choses étant décidées, l’étranger se fit aider d’autres bateleurs, différents par leur tour de main mais partageant un même état d’esprit. Ensemble, ils accompagnèrent sous l’œil des ministres tous les corps du royaume pour qu’ils prennent confiance en eux, proposent d’autres formes de coopération et d’innovation, construisent un espoir commun. Le prince lui-même avait changé et retrouvait une certaine candeur et une capacité à se laisser surprendre par son peuple qui devenait acteur de son histoire.

Bien sûr cette aventure fut longue et il nous prendrait trop de temps de la décrire en détail, des démons se réveillèrent et des ennemis ne tardèrent pas à apparaître ; mais l’alliance nouée entre les sujets du royaume et la tribu de bateleurs les protégèrent du précipice. Un jour d’ailleurs, ils devinrent leurs propres bateleurs et l’équipe de l’étranger disparut discrètement et naturellement.

On dit que ce pays vit encore dans prodigalité et une forme de sagesse, le mérite en revient à tous.