Global Coaching Study 2025 de l’ICF

Le coaching à la croisée des chemins, où allons-nous ?

Par Sonia Hamdi, coach certifiée ACC, bénévole au Comité Expérience Adhérents.

Entre expansion et questionnements, le coaching professionnel n’a jamais été aussi présent… et aussi scruté. Alors que le film « Gourou », nouveau thriller de Yann Gozlan avec Pierre Niney, met en lumière les dérives possibles des pratiques d’accompagnement, la Global Coaching Study 2025 de l’ICF offre un contrechamp précieux : celui d’une profession qui se structure, se professionnalise et cherche à renforcer sa crédibilité. Et qui vous interroge sur la place que vous souhaitez prendre dans l’aventure ces prochaines années.

Cinq chiffres à retenir

  1. Le coaching pèse désormais 5,34 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel dans le monde, en hausse de 17% depuis 2023.
  2. Plus de 122 000 coachs praticiens sont recensés, 90% ont des clients actifs et le revenu moyen issu du coaching atteint 49 283 dollars par an.
  3. Le cœur du marché reste le coaching « business » (leadership, exécutif, carrière, équipes), qui représente 77% des spécialités déclarées, avec une clientèle majoritairement composée de managers et de dirigeants.
  4. Les coachs sont globalement optimistes : 59% anticipent une hausse de leurs revenus dans les 12 prochains mois, principalement en augmentant le nombre de clients et de séances plutôt qu’en relevant leurs tarifs.
  5. La profession est tirée par la montée des exigences de professionnalisation (certification, développement continu) et par de nouveaux enjeux : intégration du digital, mesure de l’impact, accessibilité du coaching et gestion des tensions économiques (budgets, inflation, concurrence).

Ces chiffres disent une chose simple : le coaching n’est plus un « à‑côté » marginal, mais une activité installée, visible… et donc légitimement interrogée par le grand public, les médias et les clients.


Une profession en croissance, mais sous tension

L’étude confirme la dynamique de croissance : le nombre de coachs praticiens atteint un record de 122 974 (+13% par rapport à 2023), avec un très fort niveau d’activité (90% ont des clients). Le coaching génère 5,34 milliards de dollars de revenus annuels, avec des écarts régionaux marqués, l’Amérique du Nord et l’Europe de l’Ouest restant les deux principaux contributeurs.

Les zones dites « émergentes » (Moyen-Orient–Afrique, Amérique latine–Caraïbes, Asie, Europe de l’Est) sont celles où l’optimisme est le plus fort, tandis que les marchés plus matures (Amérique du Nord, Europe de l’Ouest, Océanie) connaissent davantage un plateau qu’un recul. Pour les coachs, ce contexte combine opportunités de développement et pression accrue sur la différenciation, la qualité et l’éthique.


Qui sont les coachs aujourd’hui ?

Plus de 10 000 réponses venant de 127 pays ont été analysées, dont près de 9 000 coachs praticiens. La majorité exerce comme coach externe (78%), 16% combinent interne et externe, et 5% seulement sont coachs internes.

La profession est largement féminine : 72% des coachs s’identifient comme femmes, avec une surreprésentation des femmes dans les générations les plus jeunes.

Les générations dominantes sont la génération X (53%) et les baby‑boomers (35%), les milléniaux restant minoritaires mais en progression, surtout dans les régions émergentes.

Le niveau d’études est élevé : environ deux tiers des coachs disposent d’un master ou d’un doctorat, et 72% ont au moins cinq ans d’expérience, ce qui ancre le coaching dans une culture forte de développement continu. À mesure que l’expérience augmente, les revenus, les honoraires horaires, le nombre de clients et les heures facturées augmentent, avec un palier significatif au-delà de dix ans de pratique.


Un marché très orienté « business » et multi‑services

Les principaux clients restent les managers et dirigeants (C‑suite incluse), qui représentent plus de la moitié de la clientèle des coachs (56%), tandis que la part des clients « personnels » recule à 15%. À mesure que les coachs gagnent en expérience, leur clientèle se déplace vers des postes plus seniors (dirigeants et cadres), avec un impact direct sur les revenus.

Du côté des spécialités, le paysage est clairement structuré autour du business :

  • 36% des coachs se déclarent d’abord coachs en leadership,
  • 18% coachs exécutifs,
  • et au total 77% exercent principalement dans des domaines liés à l’entreprise (leadership, exécutif, business, carrière, équipe, ventes, agile, etc.).

De nouvelles niches apparaissent (team coaching, coaching ADHD, agile, sales coaching), encore minoritaires mais suivies comme signaux d’évolution du métier.

La plupart des coachs ne se limitent pas à des séances de coaching : 60% proposent aussi de la formation, 57% du conseil, 55% de la facilitation et 49% du mentoring, ce qui reflète la diversité des modèles de pratiques et la porosité entre coaching et autres métiers de l’accompagnement.


Technologie, accessibilité et enjeux d’image

L’étude décrit une profession qui regarde la technologie à la fois comme une opportunité et comme un sujet de préoccupation : 47% des coachs utilisent une plateforme digitale, principalement pour des séances individuelles à distance et la gestion des rendez-vous, mais 53% n’en utilisent pas.

Seuls 19% ont investi dans de nouvelles technologies l’an passé, même si 27% prévoient de le faire d’ici trois ans, et 37% citent l’adaptation au digital comme une source majeure de préoccupation.

En parallèle, l’accessibilité progresse : 71% des coachs proposent des réductions ou une aide financière pour des clients aux ressources limitées (65% en Europe de l’Ouest). Sur le plan de l’image, les plus grandes opportunités perçues restent l’augmentation de la conscience des bénéfices du coaching (66%), l’adoption croissante du coaching en entreprise (56%), l’amélioration de la perception générale du coaching (46%) et la demande accrue pour ces services (41%).

Les principaux risques identifiés renvoient à des facteurs externes :

  • coupes budgétaires dans les organisations (64%),
  • inflation (50%), réputation de la profession (39%),
  • mais aussi compétition croissante, évolutions sociétales et géopolitiques.

Autrement dit, la profession est attendue sur sa capacité à démontrer son utilité, sa rigueur et sa contribution dans un environnement instable.


« Gourou » : ce que le film nous renvoie

Dans ce contexte, la sortie du film « Gourou » agit comme un miroir grossissant des peurs et fantasmes autour du coaching et des « accompagnements » en général : emprise, dérive sectaire, promesses de transformation rapide, confusion entre développement personnel, thérapie, coaching, voire pseudo‑spiritualité.

Face à ce regard critique, la Global Coaching Study 2025 donne un autre visage de la profession : une majorité de coachs formés, expérimentés, certifiés, inscrits dans un cadre de référence (ICF), conscients des enjeux éthiques et des attentes des organisations. 73% des coachs estiment que les clients attendent désormais que leur coach soit certifié ou credentialisé, et en Europe de l’Ouest, 81% déclarent détenir une certification ICF ou équivalent.

Pour autant, le film pointe des zones de fragilité réelles : absence de régulation légale stricte, hétérogénéité des pratiques, mélange des approches, exploitation possible de la vulnérabilité des personnes. C’est précisément là que notre responsabilité de coachs ICF est engagée : ne pas nous contenter de « faire mieux » statistiquement, mais montrer en quoi notre pratique se distingue, dans les faits, des dérives montrées à l’écran.


Quelles questions se poser en tant que praticiennes et praticiens ICF ?

À la lumière de l’étude et du film, quelques questions clés peuvent nourrir le débat et l’auto‑réflexion au sein d’ICF France :

  1. Sur notre positionnement et notre cadre éthique
    • Comment je rends explicite mon cadre (contrat, objectifs, limites de mon intervention, code de déontologie ICF) pour distinguer clairement coaching, thérapie, conseil, spiritualité, etc. ?
    • Qu’est‑ce qui, dans ma pratique concrète, protège mes clients des dérives d’emprise (co‑construction des objectifs, consentement éclairé, supervision, possibilité de dire stop) ?
  2. Sur ma professionnalisation et ma légitimité
    • Comment je m’assure que mon niveau de formation, de certification et de développement continu est à la hauteur d’un marché qui se professionnalise et d’un regard public plus exigeant ?
    • Quels espaces de supervision, de pairs, de réflexion critique j’utilise pour interroger mes propres angles morts, notamment quand le marché devient plus concurrentiel et plus incertain ?
  3. Sur la promesse faite aux clients
    • Quels mots j’emploie pour parler de mon offre : promesse de « transformation », de « révélation », ou engagement sur un processus, des objectifs, un cadre de travail ?
    • Comment je mesure et je documente l’impact de mes interventions (ROI, ROE, feedback clients) pour éviter de m’abriter derrière des récits séduisants mais invérifiables ?
  4. Sur l’accessibilité et la responsabilité sociale
    • Comment je contribue à rendre le coaching plus accessible (tarifs ajustés, pro bono, dispositifs spécifiques), tout en respectant la valeur de mon travail et les standards de la profession ?
    • Au‑delà de la performance individuelle, quelle est ma contribution à la santé des organisations, à la qualité du dialogue social, à la prévention des risques psychosociaux, plutôt qu’à une injonction supplémentaire à « se dépasser » ?
  5. Sur la technologie et les nouveaux formats
    • Comment j’utilise – ou pas – les plateformes digitales, l’IA, les outils de suivi, pour renforcer la qualité et l’éthique de ma pratique plutôt que pour industrialiser des « programmes de transformation » standardisés ?
    • Quels garde‑fous j’installe pour préserver la confidentialité, la qualité de la relation et l’autonomie du client dans ces nouveaux environnements ?

Et pour les coachs ICF France, que retenir ?

En tant que coachs ICF en France, nous nous inscrivons dans la dynamique de l’Europe de l’Ouest, deuxième région contributrice au revenu mondial du coaching avec 1,175 milliard de dollars et un revenu moyen de 44 712 dollars par coach. Notre marché est donc à la fois mâture, exigeant et très orienté vers le coaching de leaders et de managers, avec un haut niveau de certification ICF.

Dans ce contexte, nous sommes invités à un double mouvement : assumer pleinement la valeur de notre profession – structurée, encadrée, utile – et accepter de nous laisser interpeller, individuellement et collectivement, sur nos pratiques, nos messages et notre impact réel sur les personnes et les organisations.

Comment allons-nous accompagner le monde ces prochaines années ?

Voici le lien avec l’étude ICF GLOBAL