Laissons place au social et acceptons de “perdre la face” pour performer. Il est l’heure de tomber les masques.

Capitalisons sur l’essentiel, capitalisons sur soi, sur les autres, sur ce qui fait notre singularité à tous, et ensemble, laissons s’activer l’intelligence collective.

Les organisations sont un système vivant, unique et complexe. Elles sont un phénomène entrepreneurial total, conditionné par de multiples déterminants. Les enjeux sont certes économiques, mais également affectifs et relationnels. Quand on parle de masque, il n’est pas seulement chirurgical, mais aussi social. Dès lors, réinventer la manière d’aborder les transformations par la construction d’un imaginaire environnemental commun permettrait-il de replacer le social au centre des préoccupations de l’organisation ? La capacité créatrice des managers est au centre de cette transformation communicationnelle.

Redonnons des responsabilités à nos Managers numériques !

La proposition est bien-sûr symbolique : laissons place au social, démasquons-nous dans nos relations à l’autre et engageons-nous ainsi sur l’essentiel. Considérons l’organisation comme un tout, où l’économie ne se construit pas sans lien. Ce lien professionnel qui lie les acteurs de l’entreprise laisse observer un déplacement des responsabilités managériales, et un manque de compétences quant à l’organisation de travail à distance. Selon une enquête Malakoff en février 2019, 44% des managers pensent que le télétravail peut leur faire perdre leur responsabilité. L’on peut alors aisément comprendre comment l’impact de la pandémie a augmenté de fait cette réalité.

Entre perdition du contact humain, éloignement des objectifs globaux de l’entreprise, l’appartenance reste un des points clés des managers officers à travailler.

 Les contours du masque managérial se redessinent pour jongler entre peur de dysfonctionnement des matériels, complexification des échanges ou empiétement sur la vie des salariés, ces points négatifs sont un enjeu de mise en place fondamental dans l’objectif d’harmonisation et de satisfaction du télétravail. En plus de la responsabilité des managers à devoir essuyer cette tâche, ils doivent eux aussi se former à ce qu’est un manager digital, endosser ce masque numérique pour rendre attractif et dynamique les groupes de travail, et récréer par ce biais de “nouvelles relations de confiance digitalisées“.

Rapprochons nous à distance !

Des études en psychologie sociale montrent bien le vide émotionnel qui se trouve dans une relation via un dispositif vidéo. La communication non-verbale s’est considérablement affaiblie avec le confinement ; on regarde son collègue comme on regarde un film ou une vidéo Youtube. Comment peut-on remettre les émotions au centre d’une dynamique numérique, alors que des angoisses peuvent émerger ? Où se trouve l’affect indécrochable de nos relations au travail, de son salon ? L’enjeu professionnel s’accompagne de ce défi relationnel, qui amène à des conséquences sur l’état psychologique des salariés assez conséquentes. Quand on parle de masque social, on parle de notre rapport à la discussion, à l’aboutissement de projets par l’émergence collective. Il faut s’accrocher à la sacralisation des relations personnelles qui ne doivent pas s’effacer au détriment de la performance au travail.

Vincent de Gaulejac, sociologue et professeur de sociologie à l’UFR de Sciences Sociales de l’Université Paris – Diderot, nous dit que nous irons jusqu’à dévaloriser ce qui fonde la société elle-même quand nous attendons de l’économie la solution aux problèmes. Celle-ci se trouve au sein même du social, des solutions. « Ni l’intérêt ni l’utilité ne sont les moteurs de la relation sociale », il faudrait d’abord édifier ce lien social et par là, assurer la valeur symbolique dans la gestion. (Chapitre ” le lien vaut mieux que le bien », La société malade de la gestion.2005, éditions Seuil).

Pour recréer ce lien social, il faut jouer sur les théories du management novatrices de l’émotion dans les équipes et dans l’implication du salarié. Le travail à distance devient un réseau social professionnel au même titre qu’Instagram ou LinkedIn sachant qu’il est utilisé sur le même dispositif : l’ordinateur, notre nouveau masque social !

La confiance dans l’organisation !

Le sujet est connu : les collaborateurs jouent d’un personnage donné afin de tenir un rôle social défini, dont l’archétype unique est bien ficelé et provoque un appauvrissement de la relation. Ces interactions sociales en société à travers les organisations pourraient s’apparenter à une mise en scène, on se met en avant tout en mettant en jeu son identité et ses attraits psychologiques dans nos relations au travail. La métaphore théâtrale est d’ailleurs de mise : les acteurs se donnent en représentation devant un public qui ne doit pas avoir accès aux coulisses. Ainsi, à l’intérieur d’une organisation sociale (qu’est l’entreprise), tout un ensemble d’acteurs coopèrent pour présenter à un public une définition donnée de la situation. Il existe une sorte d’accord tacite entre les acteurs qui sont en représentations imposées dans notre salon, pour que le salarié puisse se sentir investi au détriment du présentiel.

De cette réalité, chacun d’entre nous se d’être encore plus prêt de ses pairs en soignant la relation et l’authenticité.

Quelles sont les clés de réussite pour lever les masques ?

Il s’agit de :

  • Transformer l’organisation à partir de ce qu’elle est en interrogeant la singularité des équipes et à fortiori celle de l’entreprise,
  • Réaffirmer le sentiment d’appartenance à ce qu’on fait, dans la structure où l’on est… de chez soi ! Piloter des actions qui activent l’intelligence collective, qui développent une nouvelle approche des énergies et des réflexions de groupes, valorisent les idées proposées par les collaborateurs eux-mêmes et facilitent l’expression des ressentis
  • Mobiliser les talents des équipes en les faisant participer à un projet fédérateur.
  • Impliquer l’ensemble de la ligne managériale dans cette dynamique pour instaurer une communication de proximité portée par les managers.

La raison d’être et la mission des coachs professionnels formés à ces clefs de la transformation des entreprises deviennent une évidence pour accompagner celles et ceux qui peuvent se sentir démunies face à ce nouveau paradigme.

A propos de l’auteur

Laurent Fraisse a occupé durant 20 ans les fonctions de Responsable Grands Comptes et de Directeur Commercial dans le monde des nouvelles technologies. Certifié PCC coach professionnel au sein d’ICF, il créé la société PAIRSPECTIVES pour accompagner les entreprises dans leur transformation en coaching individuel et d’équipes. Engagé pour un leadership authentique, l’environnement et l’être sont au coeur de ses interventions.

Source : Étude : où en est le télétravail en France ? – Newsroom Malakoff Humanis